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ÉLECTRIFICATION DES SITES HUMANITAIRES : ÉNERGIES RENOUVELABLES DANS LES CAMPS DE REFUGIÉS

Le 19 août a marqué récemment la Journée mondiale de l’aide humanitaire, une occasion pour honorer les personnes sur la ligne de front de l’aide humanitaire mais aussi réfléchir aux crises que les conflits ont infligé à des communautés entières par le déplacement de populations qui doivent soudainement tout quitter pour fuir les zones de guerre, les catastrophes naturelles ou les persécutions hostiles. Les camps humanitaires ont besoin de beaucoup de ressources fondamentales telles que les hébergements, la nourriture, les vêtements, les soins de santé et les livres. Or, l’une des ressources essentielles a été négligée depuis un certain temps déjà : l’énergie. Sans énergie, les réfugiés et les personnes déplacées ne peuvent pas chauffer de l’eau, préparer leur repas, s’éclairer et se chauffer.

Le lien entre l’aide humanitaire et les énergies renouvelables est un domaine sur lequel plus d’étudiants, chercheurs, organisations humanitaires, gouvernements, ONG et entités du secteur privé doivent se concentrer dans toute l’Afrique et ce besoin n’a cessé de se renforcer au cours de ces dernières années. Les populations fuyant les zones de conflit ou les régions affectées par des catastrophes naturelles se retrouvent dans des camps humanitaires où on leur offre un hébergement temporaire et de la nourriture mais elles restent en charge des combustibles et de l’eau. Beaucoup d’organisations humanitaires et religieuses n’envoient souvent que de la nourriture comme par exemple de la viande en conserve, des sacs de céréales et des haricots. Les personnes bénéficiant du statut de réfugié ou de Personne déplacée à l’intérieur de leur pays (IDP) doivent souvent préparer elles-mêmes leur repas et il leur faut donc un combustible. Beaucoup sont alors obligés de se rendre dans les forêts avoisinantes pour y ramasser du bois ou autres biocombustibles à brûler. Ceci contribue non seulement à la déforestation mais la cuisine au-dessus d’un feu de bois pollue aussi l’air et a des effets néfastes sur la santé.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré que 4 millions de personnes meurent chaque année de maladies non-transmissibles à cause de l’inhalation de suies et autres fumées résultant de la cuisine au-dessus d’un feu. Ces constations ont conduit à la création de l’Alliance mondiale pour les foyers améliorés (Global Alliance for Clean Cookstoves) qui travaille en étroite collaboration avec des groupes et initiatives tels que Safe Access to Fuel and Energy (SAFE) et Practical Action afin de fournir des technologies de cuisson propres aux camps de réfugiés. Cela vaut également pour faire bouillir l’eau afin de la rendre potable et pour assurer l’éclairage dans les hébergements.

Un article publié en 2016 : Energy and Building souligne que les dépenses énergétiques pour la cuisson et l’éclairage dans ce contexte sont estimées à environ 200 dollars par an et par foyer ; et que l’introduction de foyers améliorés et de lanternes solaires pourrait permettre d’économiser 303 millions de dollars par an de frais de combustibles avec un investissement de 334 millions de dollars.

 

La République Centrafricaine, le Soudan, la Somalie, le Burundi et le Nigéria sont quelques-uns des pays africains rongés par des combats civils, des guerres et des conflits ; des millions de personnes sont déplacées, contraintes de fuir pour survivre. Par l’intermédiaire d’organisations telles que le Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), des milliards de dollars sont consacrés à la sécurisation des hébergements pour les réfugiés et les personnes déplacées en Afrique, y compris dans les camps de Dadaab, l’un des plus grands en Afrique avec plus de 230 000 personnes dans cinq camps, ce qui en fait la quatrième ville du Kenya, de Dollo Ado en Ethiopie, Bidi Bidi en Uganda et Yida dans le sud du Soudan.

Azraq en Jordanie est un exemple à suivre pour tous les pays du continent africain. Alimenté par une centrale photovoltaïque solaire de deux mégawatts, quelque 20 000 réfugiés syriens vivant dans 5 000 abris disposent d’une électricité fiable et propre pendant leur séjour dans le camp. Plus précisément, ainsi connecté au réseau national, les familles peuvent avoir un réfrigérateur, regarder la télévision, utiliser un ventilateur ou allumer la lumière et charger leur téléphone pour garder le contact avec les personnes restées à l’extérieur du camp.

[Photo : Centrale solaire photovoltaïque d’Azraq en Jordanie]L’un des plus grands défis de notre époque est de veiller aux intérêts de la population tout en protégeant notre environnement, et les sites humanitaires temporaires avec des milliers de personnes déplacées ne font pas exception. Pour mettre les choses en perspectives, l’Afrique compte environ 26 % des réfugiés, et il y a environ 68 000 000 réfugiés dans le monde. En d’autres termes, l’utilisation d’une énergie propre peut contribuer à atténuer les conséquences des impacts du changement climatique. Il ne faut pas négliger les impacts sur l’environnement, ni les besoins des centaines de milliers de personnes déplacées, accueillies dans des camps spontanés (et souvent pour une durée indéterminée) pouvant atteindre la taille d’une petite ville.

Dans le contexte du développement durable, ces interactions doivent être considérées comme un des domaines clés pour les instituts universitaires et de recherche. ISNAD-Afrique espère développer des liens et des collaborations grâce à ses programmes d’aide tels que le Programme de mentorat pour la recherche (MRP) qui permet aux étudiants de travailler sur les problématiques de l’énergie, l’environnement et du changement climatique en collaboration avec des professionnels et des universitaires du monde entier qui les soutiennent dans leurs efforts.

Pour cela, une façon de procéder est de s’allier avec des partenaires non traditionnels qui ne travaillent pas forcément dans le secteur de l’énergie et des questions environnementales et ainsi de soutenir une cause résultant des investissements dans une énergie propre. Les multiples avantages à fournir une énergie propre, fiable et durable vont de l’amélioration de la qualité de l’air et de la santé jusqu’aux actions continues de reforestation. Ce type de relations peut mettre en lumière des domaines d’intérêts mutuels et des actions dont l’impact sera renforcé.

Pour le secteur privé et le gouvernement, cela peut présenter une opportunité de développer des ressources d’énergie telles que des parcs solaires et des réseaux décentralisés. Les gouvernements peuvent alors également considérer d’intégrer les camps humanitaires dans l’état et d’en faire un atout au lieu de les considérer comme des fardeaux.

Afin de renforcer ces efforts, les groupes de défense des droits et d’autonomisation des femmes peuvent également être intégrés. Considérant l’angle de la parité, il faut souligner que les femmes et les filles en particulier, qui sortent des camps humanitaires – et doivent parcourir jusqu’à 10 km étant donné que les zones plus proches sont déjà déboisées – à la recherche de combustibles pour le chauffage et la cuisson, s’exposent à la violence. Voleurs et soldats rebelles rôdant dans les environs peuvent leur tendre des embuscades et leur faire violence. Les femmes sont toujours les principales responsables de la préparation des repas et certains défenseurs peuvent soutenir que le développement des énergies renouvelables dans les camps est une affaire concernant les femmes et la santé. Un éclairage adapté peut rendre le site plus sûr pour tous ses occupants et de plus permettre de supprimer les lampes à pétrole dangereuses à l’intérieur des hébergements.

De nombreuses autres innovations durables peuvent être développées sur ces sites humanitaires et éventuellement être combinées à la fourniture d’une énergie propre, citons par exemple la production de leur propre nourriture comme cela se fait dans le camp Mishamo en Tanzanie, ce qui permet d’éviter les pénuries alimentaires. Une fois les aliments récoltés, il faut s’assurer qu’une source d’énergie propre soit disponible pour la préparation des repas. Le camp de Pugnido en Ethiopie peut également être cité comme exemple : on y trouve un système de placement familial pour les enfants ainsi qu’un enseignement primaire, secondaire et professionnel. Il est important de garantir une forme d’éducation et de fournir l’éclairage nécessaire une fois la nuit tombée.

Pour ceux qui sont investis dans l’énergie durable et le développement en Afrique et qui souhaitent voir l’utilisation d’énergies alternatives optimisée, ceci est un domaine dans lequel la recherche spécialisée et les partenariats efficaces peuvent impacter positivement des milliers de personnes. Idéalement, nous voulons tous un continent sans guerre ni instabilité mais alors que les conflits se poursuivent, nous sommes en mesure de trouver des solutions pour alléger le fardeau des réfugiés et de ceux qui assurent leur sécurité tout en protégeant l’environnement. Les camps de réfugiés en Afrique devraient être une priorité pour les communautés locales et les gouvernements nationaux qui peuvent œuvrer avec les chercheurs et les étudiants afin de trouver des solutions technologiques. Les besoins en énergie propre dans les camps de réfugiés continueront à exiger une attention et une expertise croissantes.

 

Cet article a été publié sur le blog du magazine Renewable Energy World.

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LES SOLUTIONS SOLAIRES PV HORS GRID, MINI-GRID ET ON-GRID EN AFRIQUE: OPPORTUNITÉS ET DÉFIS

LES SOLUTIONS SOLAIRES PV HORS GRID, MINI-GRID ET ON-GRID EN AFRIQUE: OPPORTUNITÉS ET DÉFIS

L’accès à l’énergie est aujourd’hui l’un des plus grands défis de développement en Afrique, ce qui en fait une priorité naturelle du plan stratégique High-5 de la Banque africaine de développement. 23 des 28 pays les plus pauvres du monde sont en Afrique, et pourtant en même temps, les pays africains représentent 6 des 10 économies à la croissance la plus rapide en 2018. L’énergie (en tant que moteur du développement économique et social) a le potentiel de lutter contre l’extrême pauvreté et d’accélérer le développement économique en cours.

Une technologie qui continue de révolutionner l’énergie dans le monde est le solaire photovoltaïque. En Afrique subsaharienne, le PV solaire à lui seul devrait contribuer à plus de 4% à la production totale d’ici 2040. Les systèmes photovoltaïques convertissent l’énergie solaire en électricité à courant continu (CC). Cette forme d’énergie peut être utilisée directement pour alimenter les appareils CC ou convertie en électricité CA pour alimenter les réseaux CA et les appareils CA.

L’Afrique dispose d’un potentiel inégalé pour maximiser l’énergie solaire en tant que ressource, la plupart des pièces connaissant des niveaux d’énergie dépassant 2000 kWh / m2 / an. En plus de cela, les limitations de coûts continuent de devenir moins un obstacle, car le prix des systèmes solaires baisse en raison d’une combinaison de facteurs allant du progrès technologique et d’une augmentation de la capacité de fabrication – en particulier en Chine. En 2017, le coût mondial moyen actualisé de l’énergie (LCOE) pour le solaire photovoltaïque à l’échelle du réseau était estimé à 100 USD / MWh – une réduction de 73% par rapport aux coûts de 2010 – avec un coût descendant jusqu’à 30 USD / MWh dans certains cas.

 

Figure 1: Carte des ressources solaires en Afrique [Source: https://solargis.com/maps-and-gis-data/download/sub-saharan-africa/ ]

 

L’Afrique est un continent de contrastes remarquables. Des villes tentaculaires existent aux côtés de zones rurales extrêmement sous-développées, et même dans les zones urbaines, les bidonvilles et les établissements informels persistent. La réalité de ces différences géographiques et démographiques justifie une différenciation des approches d’accès à l’énergie.

Alors que la voie traditionnelle d’accès à l’énergie a été l’extension du réseau, les alternatives telles que les mini-réseaux et les systèmes hors réseau sont de plus en plus populaires car elles sont mieux adaptées dans certains cas. Cet article examine les diverses applications du PV solaire sur réseau, mini-réseau et hors réseau; y compris les défis et opportunités existants.

Systèmes en réseau
Exemples de projets: Jasper, 96 MW (Afrique du Sud); Gomoa Onyandze, 20 MW (Ghana); Soroti 10MW (Ouganda)

Ce sont de grandes fermes solaires photovoltaïques qui ont été créées pour produire de l’électricité qui est directement injectée dans le réseau national. L’emplacement est une considération majeure, car les investisseurs cherchent à maximiser la production d’électricité grâce à un emplacement optimal. De tels projets entraînent également des coûts de mise en place de l’infrastructure de transport pour évacuer l’énergie produite, bien que, dans de nombreux pays, cela ait été utilisé par la société nationale de transport comme un moyen d’inciter à l’investissement dans la technologie. Ces types d’investissements sont également encouragés par des tarifs de rachat garantissant le rendement de chaque unité de puissance évacuée de la centrale solaire, réduisant ainsi le risque d’investissement. La production à l’échelle du réseau nécessite que l’électricité produite soit compatible avec les normes de réseau existantes. Cela comprend entre autres la conversion en courant alternatif et la gestion de la fréquence à synchroniser avec le système national.

Les défis: En raison de la chute des coûts du solaire photovoltaïque, le LCOE des installations solaires est l’un des plus bas d’Afrique, ce qui en fait un choix évident pour les investisseurs. Cependant, lorsque les pays exigent une fiabilité plus élevée et un approvisionnement permanent (24 heures sur 24), le solaire photovoltaïque à l’échelle du réseau cesse d’être aussi économiquement viable qu’auparavant, car des investissements supplémentaires doivent être effectués dans des systèmes de secours tels que le stockage (batteries) et les générateurs (y compris le diesel).

Considérations: Le solaire PV a une empreinte foncière importante. De vastes quantités de terres doivent être mises de côté pour les grandes exploitations agricoles à grande échelle. Il s’agit d’une considération importante dans le cadre de la question globale de la durabilité, car la terre est une ressource clé, en particulier avec les projections de croissance démographique. Les pays soumis à des contraintes foncières devraient donc soigneusement peser le pour et le contre avant d’entreprendre de tels projets. Alternativement, plusieurs pays proposent des moyens innovants d’utilisation commune avec les terres sur lesquelles les fermes solaires sont construites pour d’autres activités telles que l’agriculture entre autres.

La nécessité d’une alimentation de secours, que ce soit par le stockage sur batterie ou d’autres sources d’électricité doit également être prise en compte en termes de coût et de durabilité pour garantir que l’investissement global du système reste viable à la fois financièrement et écologiquement.

D’autres facteurs à considérer sont la stabilité globale du système et le coût de l’équilibrage du système en fonction du niveau de capacité intermittente tel que le solaire. Les pays devraient donc effectuer des études détaillées du système sur ces questions, afin d’éviter à l’avenir des perturbations involontaires et des coûts encourus.

Systèmes mini-réseau
Le solaire est un choix populaire pour les systèmes de mini-réseau en Afrique en raison de son coût relativement faible et de ses ressources abondantes. L’investissement dans les mini-réseaux en Afrique doit prendre en compte un certain nombre de considérations telles que décrites en détail ici. Les mini-réseaux solaires fonctionnent mieux là où la charge peut être adaptée à la disponibilité des entreprises d’énergie solaire qui fonctionnent pendant les heures d’ensoleillement élevées, comme les minoteries. Avec ce type d’arrangement, l’énergie solaire générée peut être vendue pendant la journée, avec de petits générateurs de secours supportant la plus petite charge nocturne.

Les défis: En bref, la nature intermittente du solaire signifie qu’une sorte de sauvegarde doit être disponible pour répondre à la demande lorsque le soleil n’est pas disponible.

Considérations: Les mini-réseaux fonctionnant à l’énergie solaire fonctionnent mieux là où la charge correspondante qu’ils desservent culmine pendant la journée – quand une grande partie de ce qui est produit peut être évacuée. Les opérateurs de ces systèmes doivent donc investir dans des activités incitatives qui se traduisent par ce type de profil de charge favorable.

Il y a des avantages à combiner l’énergie solaire dans des systèmes hybrides avec d’autres formes d’énergie, y compris le diesel, pour réduire le coût de l’énergie dans les applications de mini-réseau. Une étude d’Impact 4 Energy (2018) a conclu que les systèmes hybrides avec PV, batteries et diesel affichaient systématiquement des prix inférieurs sur différents profils de charge.

Systèmes hors réseau / autonomes

Exemples de projets: MKopa, Fenix ​​International, Azuri, d.light, Mobisol, BBOX (Afrique de l’Est); PEG Africa, Lumos, Azuri (Afrique de l’Ouest); Kingo Energy (Afrique du Sud)

Les systèmes solaires hors réseau sont applicables pour l’accès à l’énergie dans différents contextes géographiques et classes économiques. Ces systèmes se composent généralement d’un panneau solaire, d’une batterie et de divers appareils CC. Ils répondent à un certain nombre de besoins énergétiques tels que l’éclairage (ampoules et torches), le divertissement (radios et téléviseurs) et la recharge de téléphones.

Dans les zones rurales, les systèmes hors réseau fournissent une intervention opportune pour répondre aux besoins énergétiques, plutôt que d’attendre de longs délais pour réaliser des projets sur réseau ou mini-réseau. Un obstacle majeur à l’adoption de systèmes autonomes était le coût élevé. Dans de nombreux pays africains, ce problème est résolu par l’ingéniosité des modèles de paiement à l’utilisation qui permettent des paiements de système en petits versements gérables. Cependant, même en dépit du coût élevé de l’énergie solaire autonome, les clients ruraux et urbains peuvent bénéficier des économies à long terme. Ces systèmes offrent une alternative aux coûts de connexion élevés, aux tarifs d’électricité élevés et, dans de nombreux cas, à une faible fiabilité synonyme d’électricité connectée au réseau.

Les défis: La maintenance est un problème clé en ce qui concerne ces systèmes car ils sont utilisés et gérés individuellement par leurs propriétaires. Pour maximiser les paramètres tels que la durée de vie de la batterie et l’efficacité du panneau, les utilisateurs doivent être formés à leur maintenance et aux meilleures pratiques. Par exemple, il est nécessaire d’éviter une décharge complète et répétée de la batterie et d’essuyer la poussière des panneaux pour tirer le meilleur parti des systèmes autonomes.

Considérations: Alors que les systèmes domestiques hors réseau continuent de gagner en popularité, un accent majeur devrait être mis sur la qualité, la formation et le service client, afin de garantir que les clients obtiennent le meilleur retour sur investissement. De plus, l’avenir du succès du modèle de paiement à l’utilisation est fortement lié à la croissance des paiements d’argent mobile. La croissance la plus élevée de ce modèle de financement a été observée en Afrique de l’Est, qui a des cadres mobiles bien développés – bien que les taxes récemment perçues en Ouganda menacent l’utilisation continue du service.

Considérations générales

L’énergie solaire a le potentiel de générer des économies importantes et donc d’améliorer la qualité de vie au niveau des ménages. Mais cela nécessiterait un changement de mentalités par rapport aux sources d’énergie alternatives traditionnelles. Certaines études ont montré que les systèmes d’énergie solaire sont liés à l’augmentation du revenu disponible, lorsqu’ils remplacent des alternatives telles que le kérosène et, dans certains cas, les générateurs diesels. De même, la difficulté de parcourir de longues distances pour recharger les téléphones est surmontée par des chargeurs solaires facilement accessibles, qui répondent à la fois à un besoin et offrent une opportunité commerciale à leurs propriétaires.

Pour réduire davantage le coût de l’énergie solaire pour les utilisateurs finaux, les gouvernements et les régulateurs ont beaucoup à faire en termes d’incitation à l’investissement et à l’adoption. Cela pourrait se faire en fixant des tarifs de rachat pour réduire les risques d’investissement et en autorisant des exonérations fiscales. Au Kenya, les exonérations fiscales sur les importations solaires ont entraîné une baisse de 3 $ du prix des lampes solaires, entraînant une augmentation de l’adoption de 37% à 69%.

Du côté de la demande, les gouvernements ont la capacité d’encourager ou d’étouffer leur adoption grâce au soutien des secteurs tels que l’industrie des télécommunications, et en particulier les opérateurs de transactions mobiles. Certains de ces acteurs indirects jouent un rôle significatif dans la performance des investissements solaires.

La qualité reste un facteur majeur dans l’attitude des Africains envers les systèmes solaires. Les régulateurs ont donc un rôle essentiel à jouer dans la gestion de l’assurance qualité, en appliquant des normes et des spécifications minimales pour tous les équipements.

En fin de compte, le solaire PV est très prometteur pour atteindre les objectifs d’accès à l’énergie en Afrique. L’abondance des ressources du continent couplée à la baisse constante des prix, rendent cette technologie attrayante à mettre en œuvre. Cependant, le solaire photovoltaïque n’est pas sans ses propres défis uniques, en particulier autour de l’intermittence et de l’empreinte foncière considérable. Ceux-ci doivent être pris en compte lors de la conception des projets, en particulier à l’échelle du réseau. Les applications mini et hors réseau offrent des alternatives prêtes, en particulier pour les communautés rurales qui ne seront probablement pas connectées au réseau principal dans un avenir proche. Dans ces applications, la nature de la charge, ainsi que la sensibilisation aux meilleures pratiques pour prolonger la durée de vie des composants, et ainsi maximiser les avantages du système, sont des considérations critiques.

 

Amanda Kahunzire,

Communications Associate, ISNAD-Africa

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PROF. HOWARD ALPER, DOCTEUR EN SCIENCES HONORIS CAUSA DE LA WESTERN UNIVERSITY, CANADA

La Western University, Canada, a récemment décerné le titre de Docteur en Sciences Honoris Causa (D.Sc.) au Président de notre Conseil Consultatif, l’éminent Professeur Howard Alper.

Dans son discours prononcé lors de la cérémonie officielle, le Professeur Howard encourage les jeunes diplômés à :

  1. Créer des opportunités plutôt que d’attendre qu’elles ne se présentent,
  2. Faire preuve de haute intégrité dans tous leurs efforts,
  3. S’engager dans le volontariat à différents moments de leur carrière,
  4. Être des leaders dans leurs domaines d’activités

Nous félicitons l’éminent Professeur et nous encourageons la jeunesse africaine à adopter ses conseils tout au long de leur carrière.

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COMPARAISON DE DIFFERENTES TECHNOLOGIES D’ENERGIES RENOUVELABLES ET COMMENT ELLES SONT ENCOURAGEES DANS DIFFERENTES ZONES D’AFRIQUE

Introduction

Le secteur énergétique de l’Afrique est principalement classé dans deux régions : l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne. Dans cet article, un accent particulier sera mis sur l’Afrique subsaharienne. L’Afrique subsaharienne est riche en ressources d’énergie renouvelable qui peuvent être exploitées pour la production d’électricité grâce à différentes technologies. Les plus communément connues sont l’énergie photovoltaïque et les éoliennes, mais il y a également un grand potentiel pour l’hydro-énergie, la biomasse (autre que les combustibles de biomasse à forte intensité de carbone comme le charbon de bois), géothermique et même l’énergie des vagues, un potentiel qui reste encore sous-développé sur le continent. Quelques points notables ont été mis en évidence par le rapport de 2013 de l’Agence internationale des énergies renouvelables sur le potentiel des énergies renouvelables en Afrique:

  • La croissance économique rapide et la nécessité d’un accès fiable et moderne à l’énergie doublera la demande d’ici 2030.
  • Les coûts des technologies d’énergies renouvelables diminuent rapidement et les contrats de projet pour l’Afrique sont parmi les plus compétitifs au monde.
  • Bien que la ressource de base diffère, tous les pays africains possèdent un potentiel significatif pour les énergies renouvelables. Les ressources du continent en énergie biomasse, géothermique, hydroélectrique, solaire et éolienne sont parmi les meilleures au monde.

Ci-dessous, nous parlons plus en détail de certaines technologies de production d’énergie renouvelable et de leur application et promotion en Afrique subsaharienne.

Hélios

L’Afrique dispose d’un grand potentiel d’exploitation d’énergie solaire pour la production d’énergie électrique aussi bien que thermique, car de nombreuses régions africaines bénéficient de longues journées ensoleillées et d’une forte intensité d’irradiation solaire. Les technologies de production d’énergie sont le photovoltaïque (PV) et l’énergie solaire concentrée (ESC). La capacité solaire photovoltaïque totale cumulée est de 1334 MW selon des données de 2014. L’Afrique du Sud et le Kenya sont des pionniers dans le domaine, ces pays ont orienté les investissements et les réglementations vers la croissance de l’énergie verte. Les coûts des modules photovoltaïques ont diminué de 75 % par rapport à 2009, ce qui a permis d’établir un coût moyen total de l’électricité aussi bas que 0,13 à 0,26 USD/kWh dans les projets de services publics africains. Le déploiement de projets d’énergie solaire concentrée en Afrique n’en est qu’à ses débuts, car seuls les pays d’Afrique du Nord ont déjà mis en œuvre certains projets. Le Botswana, le Soudan, la Tunisie et la Namibie présentent actuellement un total 6,4 GW de projets ESC. En outre, les projets de mini-réseaux et de micro-réseaux ont augmentés dans toute l’Afrique depuis 2009, car ils constituent une source fiable d’électricité pour les communautés rurales non électrifiées et surpassent le réseau inefficace dont disposent la plupart des pays africains.

En plus de produire de l’électricité, des technologies modernes sont déployées pour le chauffage et la cuisson de l’eau. Ces technologies ont un énorme potentiel en raison de l’irradiation solaire abondante, mais restent des technologies coûteuses pour beaucoup des pays en voie de développement du continent africain. D’autres technologies fonctionnant à l’irradiation solaire sont le chauffage et refroidissement solaires, principalement utilisés dans l’industrie et pour le dessalement de l’eau.

Exploiter l’énergie éolienne

Le potentiel théorique de l’énergie éolienne en Afrique dépasse de loin la demande actuelle. Ce grand potentiel éolien est réparti de façon égale sur l’ensemble du continent africain, cependant, il y a quelques pays dans chaque région qui se distinguent : le Niger en Afrique de l’Ouest ; le Tchad en Afrique centrale; Djibouti, l’Éthiopie, le Kenya, le Soudan, la Somalie, l’Ouganda en Afrique de l’Est; et au Sud de l’Afrique le Lesotho, le Malawi, l’Afrique du Sud, la Tanzanie et la Zambie. Dans tous les pays ci-dessus, le potentiel éolien calculé est beaucoup plus élevé que dans le reste de la région alentour. En 2014, 2,46 GW d’énergie éolienne ont été générés sur le continent avec un coût de production pour chaque kWh allant de 0,046 USD à 0,145 USD. L’objectif pour le continent est d’atteindre 75 GW d’ici 2030 et de fournir une énergie durable et fiable, mais surtout propre, pour une plus grande partie de la population. Le besoin actuel d’investissement est d’environ 1300 à 1600 USD/kW, principalement en raison de grandes distances sur lesquelles il faut transférer l’énergie, à partir des meilleurs emplacements éoliens jusqu’aux centres où la demande est la plus grande. Enfin et surtout les éoliennes sont aussi utilisées pour pomper l’eau qui sert à l’irrigation. Dans de nombreuses régions d’Afrique, le pompage à l’énergie éolienne est même moins cher que le pompage diesel.

Tableau.1 Les plus gros contributeurs d’installations éoliennes en Afrique en 2014. 

Figure.1 Éolienne de pompage.

Exploiter les ressources en eau

L’hydroélectricité est une source d’énergie fiable et durable qui est nécessaire pour le continent africain. Elle dépend fortement d’un approvisionnement fiable en eau et est extrêmement affectée par les périodes de sécheresse. Elle peut être classée en deux catégories principales et trois autres sous-catégories qui sont moins avantageuses.

  • Centrales hydroélectriques à grande échelle, capables de produire plus de 10 MW et souvent utilisées avec un barrage réservoir.
  • Les centrales hydroélectriques à petite échelle, dont la capacité varie de 1 MW à 10 MW, les barrages étant facultatifs.
  • Mini-échelle d’hydroélectricité allant de 100 kW à 1 MW.
  • Micro-échelle, 5 à 100 kW.
  • Pico-hydro usine avec une capacité inférieure à 5 kW.

Les solutions de mini, micro et pico usines sont adaptées pour une installation sur rivière et conviennent à l’électrification des petites communautés rurales. L’Afrique centrale à elle seule contient environ 40% des ressources hydroélectriques du continent tandis que l’Afrique de l’Est possède 28% et l’Afrique de l’Ouest 23%.

 

TABLE.2 Données 2013 concernant la production d’énergie hydraulique en Afrique subsaharienne

 

Figure.2 Barrage hydroélectrique dans le parc national des Virunga, R.P. Congo

L’énergie géothermique

Cette forme d’énergie est très importante en Afrique de l’Est et du Sud. Plus de 90 % du potentiel – estimé à 15 GW – provient de la vallée du Rift, du Mozambique à Djibouti. Cependant, le Kenya est le chef de file en matière de production d’énergie géothermique. Selon des données de 2015, le Kenya a produit 579 MW d’électricité sur les 606 MW totaux produits sur le continent. L’Éthiopie et la Tanzanie sont en train de développer des projets qui pourraient atteindre 3 GW d’ici 2020. Les principaux obstacles à la mise en œuvre de projets d’énergie géothermique sont les coûts d’investissement importants, et donc les investissements nécessaires à la construction de centrales. Ces coûts vont de 2700 USD/kW à 7600 USD/kW. La chaleur géothermique pourrait également être appliquée directement aux procédés industriels qui nécessitent de la chaleur « basse température ». Ces procédés représentent une grande partie de l’industrie manufacturière africaine, et la chaleur géothermique est un substitut sûr et peu coûteux aux combustibles fossiles. Par exemple, au Kenya, la chaleur directe géothermique est utilisée avec succès dans l’industrie florale.

 

Figure.3 Centrale géothermique de Menengai au Kenya.

Le bois comme combustible.

La combustion du bois est la principale source d’énergie primaire du continent. Elle est utilisée pour la cuisine et le chauffage dans le secteur résidentiel, mais des quantités importantes sont utilisées par les petites et moyennes industries pour la transformation des aliments et la fabrication de briques. En dehors de ces utilisations, on estime qu’un cinquième du bois récolté est transformé en charbon de bois. Il est largement utilisé comme carburant en raison de son faible coût, cependant à cause de son impact négatif sur l’environnement et la santé il doit être remplacé par des combustibles moins chargés en carbone. En termes d’énergie, il y a environ 11 centrales électriques utilisant le bois comme ressource, elles sont situées au Ghana, au Congo, au Swaziland etc. avec une capacité totale de 30 MW. 35% du potentiel total de l’Afrique est situé en Afrique de l’Est et 31% est en Afrique de l’Ouest.

Figure. 4 Cuisinière efficace

Pour lutter contre la combustion inefficace du charbon de bois et du bois, de nombreux pays ont mis en place des programmes pour promouvoir des cuisinières efficaces, pour un coût aussi bas que 5 à 10 USD. Les chefs de file de ces programmes sont la Somalie et le Kenya, mais aujourd’hui des initiatives similaires sont lancées dans la plupart des pays d’Afrique du Sud et de l’Est.

Les résultats les plus encourageants ont été observés au Rwanda, où la pénétration des cuisinières efficaces a atteint 50% du total, suivi par le Kenya à 36%.

 

 

Karvounis Panagiotis

Communications Associate, ISNAD-Africa

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PARLONS GÉNÉRATION Z : COMMUNIQUER LE CHANGEMENT CLIMATIQUE EN AFRIQUE ET À SA JEUNESSE (PARTIE 2 SUR 2)

En plus de se concentrer sur les jeunes enfants comme nous l’avons fait dans un article de blog précédent, engager la jeune démographie africaine est une décision cruciale pour les défenseurs du climat. Il y a un certain chevauchement dans une tranche d’âge particulière, car la génération Z va de l’âge de six ans au début de la vingtaine. La génération Z devrait travailler aux côtés de la génération Y pour lutter contre les effets du changement climatique. Par conséquent, plus ils seront mobilisés tôt, plus les solutions seront efficaces.

Ça doit être cool. Bien que des structures telles que l’éducation et les institutions d’entreprise puissent impliquer les jeunes, les jeunes se soucient de l’interaction sociale. C’est quelque chose qui devrait être mis à profit dans les initiatives et les études axées sur le changement climatique. L’Université de la Colombie-Britannique au Canada, par exemple, a utilisé le désir d’interaction avec les voisins et a facilité les connexions comme un moyen de susciter l’intérêt autour du Coolkit de foresterie urbaine de quartier. Ceci est décrit comme « un guide visuel permettant aux gens de dialoguer avec leur famille, leurs amis et leurs voisins sur les problèmes et les solutions liés à la foresterie urbaine et au changement climatique dans leur quartier ». Le programme a attiré l’attention des gens sur quelque chose qui leur tenait à cœur et l’a rendu cool. Un modèle comme celui-ci pourrait être appliqué aux jeunes et aux communautés africaines parallèlement aux activités génératrices de revenus.

[Source – ONU-Habitat – Des jeunes nigérians à la formation pratique de Solar Lantern sur l’efficacité énergétique et les technologies d’énergie renouvelable]Des outils tels que Google, les jeux vidéo et les plateformes de médias sociaux peuvent également être exploités pour rencontrer les gens là où ils se trouvent. Il s’agit d’une approche en stratégie marketing et communication qui s’est amplifiée avec des canaux de communication en évolution rapide. Les grandes entités de développement ont compris le message. La Commission économique des Nations Unies et l’Union africaine ont développé Climdev, une plateforme pour les jeunes Africains afin d’améliorer leurs capacités et compétences nécessaires pour soutenir les actions climatiques. Contrairement aux enfants qui sont encore à charge, les jeunes ont tendance à être des auto-démarreurs proactifs qui ont du libre arbitre, mais il doit être soutenu et pérennisé.

Les points de discussion et les messages concernant la création d’emplois en tant que facteur de motivation pour s’engager dans l’action climatique, en tant que forme de développement économique, devraient rester en tête de liste des priorités. Un autre défi concerne particulièrement la plupart des jeunes africains : l’instabilité politique. La culture de l’activisme ou son absence, même autour de la question apparemment non politique du changement climatique, peut être décourageante. C’est un domaine qui nécessite des recherches et des actions politiques.

Le changement culturel ou l’idée de devenir « vert » et d’encourager la durabilité devrait être promu comme norme sociale ; que ce soit être végétarien, recycler, éteindre les ampoules ou acheter des produits biodégradables. C’est un début pour rendre les gens plus conscients de l’impact humain sur l’environnement. Des études sur le comportement pro-environnemental peuvent être appliquées aux générations futures dès maintenant. Des organisations telles que l’ISNAD-Afrique travaillent à rassembler les types de partenariats qui peuvent produire ce matériel, en mettant l’accent sur les universitaires des universités africaines.

Vous ne pouvez pas communiquer sans un langage universel

Le changement climatique n’est pas un terme qui existe dans la plupart des dialectes africains, et la majorité des gens, en particulier dans les communautés rurales, ne comprennent pas ce que cela implique – même s’ils parlent des langues qui le font. Un nouveau vocabulaire pourrait être développé autour du changement climatique et ensuite enseigné aux enfants et aux jeunes. Les chercheurs et les entités gouvernementales doivent développer des ressources qui répondent aux défis uniques de la communication avec une variété de publics. Le changement climatique peut initialement sembler nébuleux, ou au mieux, pas aussi critique que de mettre de la nourriture sur la table (ce qui, nous le savons, est dans certains cas interconnecté).

Les canaux traditionnels des médias de masse tels que la radio, les émissions de télévision, les journaux et les panneaux d’affichage sont encore très largement utiliséset efficaces malgré l’avènement d’Internet. Ces outils devraient être maximisés pour remodeler et reconfigurer la conversation sur le climat – en plus de la législation. Des groupes tels que l’unité de soutien du African Group of Negotiators (AGN) s’attaquent à ce problème pour mieux prendre position en ce qui concerne les négociations sur le changement climatique. Dans les deux cas, l’expérimentation du changement climatique et des nuances impliquées en termes profanes est essentielle.

D’autre part, il a été soutenu dans un certain nombre d’études que les médias de masse seuls ne sont pas suffisants ou suffisamment efficaces pour susciter l’engagement dans le contexte africain et qu’il peut être nécessaire de l’intégrer aux médias et aux communications autochtones qui tiennent davantage compte des facteurs locaux et de la culture. Une compréhension des sciences sociales et du comportement humain est également un élément important, en dehors de la science du climat elle-même. Les journalistes, en particulier, sont dans une position unique en ce qui concerne la gestion des messages sur le changement climatique, la mise en balance des faits sans être alarmiste tout en rapportant ce qui est pertinent et en couvrant les solutions qui sont localement pertinentes et évoquent l’efficacité.

Les communications sur le changement climatique et l’engagement des enfants et des jeunes doivent être une priorité car les pays africains s’efforcent de réduire les émissions. Investir dans la génération de demain et mettre en place un cadre avec des objectifs autour de citoyens actifs et engagés est essentiel.

 

Maxine Chikumbo,
Communications Associate, ISNAD-Africa

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Une cuisine plus propre et son rôle dans l’avenir de l’Afrique

Pour une famille en Afrique, l’impact de la collecte de brindilles et de la coupe d’arbres pour l’énergie de cuisson peut sembler insignifiant. Mais lorsque plus de 3 milliards de personnes, dont beaucoup vivent en Afrique subsaharienne, n’ont pas d’autre énergie de cuisson et continuent à dépendre du bois chaque jour, l’impact est énorme.

Le récent rapport spécial du GIEC sur le changement climatique a souligné la nécessité de réduire simultanément les émissions de CO2 et de non-CO2 de courte durée, telles que le méthane et le carbone noir, si nous voulons limiter la hausse de la température mondiale à 1,5 ° C. Cela met en évidence le rôle du secteur de la cuisson propre dans le débat plus général sur l’action climatique, 25% du carbone noir mondial provient de la cuisson et du chauffage résidentiels.

Pour atteindre l’ODD 7, il est également nécessaire de s’éloigner des combustibles traditionnels polluants et non respectueux de l’environnement. Il s’agit donc d’une étape cruciale sur la voie du développement durable de l’Afrique.

Quelles sont les technologies de cuisson propres existantes?

La cuisson en Afrique se fait principalement sur des feux à trois pierres dans les zones rurales, tandis que la majorité des citadins utilisent des foyers traditionnels alimentés au charbon de bois. Ces méthodes souffrent de plusieurs inefficiences, offrant ainsi des possibilités d’amélioration. Les technologies de cuisson propres cherchent à relever ces défis à différents points de la chaîne de valeur, comme indiqué brièvement ci-dessous:

  1. a) Technologies de conversion plus efficaces

Conversion de la biomasse en carburant: le charbon de bois est l’un des combustibles les plus populaires dans les centres urbains d’Afrique. Sous sa forme la plus courante, le charbon de bois est un carbone noir produit par le chauffage du bois en l’absence d’oxygène par un processus appelé pyrolyse lente. Les fours à charbon traditionnels sont très inefficaces et produisent 100 à 150 kg de charbon pour chaque tonne de bois. En convertissant dans des fours modernes atteignant des rendements allant jusqu’à 40%, il est possible de réaliser des économies de 2 à 4 fois sur l’utilisation du bois et, partant, sur l’abattage des arbres.

Conversion de combustible en chaleur: Les poêles de cuisson traditionnels fabriqués à partir de matériaux de mauvaise qualité sont très inefficaces et gaspillent une grande partie de la chaleur produite. Les cuisinières améliorées utilisent les mêmes principes que les cuisinières traditionnelles, mais optimisent la conception et l’utilisation de matériaux de meilleure qualité pour maximiser la rétention de chaleur et le flux d’air. À long terme, ils permettent d’économiser du carburant et donc de réduire la pression exercée sur les sources de carburant, ainsi que les dépenses en carburant des ménages.

  1. b) Combustibles de cuisson alternatifs (USAID, 2017)

La biomasse comprimée, comme les briquettes et les granulés, a une densité d’énergie supérieure à celle de la biomasse non comprimée (par exemple, du charbon de bois) et peut donc atteindre la même quantité de chauffage avec moins de combustible. En particulier, les pellets utilisés dans les cuisinières à gaze constituent une alternative très efficace, bien que cette technologie commence à peine à prendre son essor en Afrique. Les entreprises rwandaises Inyenyeri et Emerging Cooking Solutions (EGS) de la Zambie sont parmi les premiers à investir dans cette technologie. Il existe d’autres solutions, telles que le gaz de pétrole liquéfié (GPL), même si certaines exigences en matière de chaîne d’approvisionnement sont nécessaires pour réussir.

Une révolution de la cuisine propre promet à la société plusieurs autres avantages non énergétiques.

Augmentation de la productivité des femmes et des enfants: Aujourd’hui, les femmes et les enfants sont chargés de manière disproportionnée de la collecte de combustible et, dans certains cas, parcourent de longues distances à la recherche de bois de chauffage. La transition vers des méthodes de cuisson modernes pourrait éliminer ce fardeau et libérer ainsi du temps pour des activités sociales et économiques plus productives parmi ces groupes vulnérables.

Des familles en meilleure santé: la Banque mondiale estime que la pollution atmosphérique des ménages provoque près de 600 000 décès par an en Afrique. L’utilisation de combustibles plus propres et de cuisinières mieux conçues, émettant moins de particules, réduira à son tour le nombre de maladies et de décès liés à la cuisson. Cela garantit des populations en meilleure santé et plus fortes pour alimenter le développement du continent.

Avantages économiques: La disponibilité de la matière première (bois) pour le charbon de bois diminue tandis que les populations à travers le continent augmentent. Les forces du marché dictent que cette réduction de l’offre et l’augmentation continue de la demande entraîneront une hausse des prix et une part plus importante des revenus des ménages affectés à l’achat de combustibles de cuisson. Déjà, le coût du charbon de bois dans de nombreux centres urbains augmente constamment en raison de l’épuisement des forêts avoisinantes et de la nécessité de le transporter de plus en plus loin. Il est donc nécessaire de proposer des alternatives de cuisson et de stimuler les investissements du secteur privé dans l’innovation afin de faire baisser les prix et ainsi de se prémunir contre de telles crises.

Politique et voie à suivre pour l’Afrique

Une bonne politique doit être complétée par un secteur privé engagé qui finance, promeut la concurrence, la qualité, identifie les lacunes dans la chaîne de valeur du secteur de la cuisson propre et s’efforce de les combler, ce qui le rend plus efficace (Alliance mondiale pour les foyers, GACC, 2019 ). Par exemple, plusieurs initiatives dans le secteur ont été ciblées pour augmenter l’offre d’options de cuisson plus propres. Cependant, l’accent n’a pas été mis suffisamment sur les solutions de distribution pour acheminer les produits vers les marchés et sur les mesures axées sur la demande pour promouvoir leur adoption. Il en résulte des petites entreprises qui tentent de prendre en compte tous ces éléments et de rendre leurs activités non rentables. Plutôt que de dupliquer les rôles, différents acteurs devraient se concentrer et développer leur créneau et se compléter pour favoriser le développement de cette industrie.

Alors que d’autres pays sont à la traîne, quelques pays d’Afrique ont fermement pris position contre les secteurs de la cuisson non durables. En 2018, le Kenya est devenu le premier pays à interdire l’utilisation du charbon de bois, car il ouvre la voie à un secteur dynamique du GPL. Cependant, bien que cela présente des avantages évidents pour le Kenya, cela a eu des conséquences inattendues, telles que des pressions accrues sur la couverture forestière de l’Ouganda en raison du commerce transfrontalier de charbon de bois avec le Kenya. Cela appelle à une vigilance accrue pour lutter contre le commerce illégal, mais surtout à la nécessité pour tous les pays de commencer à identifier des solutions durables pour leurs propres secteurs de cuisson.

Beaucoup de travail a été fait pour développer de nouvelles technologies de cuisson, mais les consommateurs africains en ont rejeté beaucoup, car elles ne correspondent pas aux cas d’utilisation culinaire uniques de ces sociétés. La nourriture et la cuisine sont au cœur du tissu social des pays africains et constituent une part importante de notre culture et de notre identité africaine. Il est donc important de fusionner l’innovation dans la conception technologique avec une compréhension des contextes locaux afin de présenter aux communautés des produits qui permettent la continuité d’une tradition de longue date. Cependant, développer de nouveaux produits ne suffit pas, si les mentalités ne sont pas changées, et si les individus ne sont pas guidés pour acquérir une compréhension et une appréciation personnelles du défi urgent que représente le changement climatique.

Les arbres offrent des avantages pour le refroidissement, la formation de précipitations, la structure du sol et la sécurité alimentaire et contribuent de manière décisive à la résilience des communautés africaines. En tant que continent qui devrait être durement touché par les effets dévastateurs du changement climatique, nous devrions nous efforcer de protéger notre couvert forestier et de reconstituer ce qui a déjà été perdu. Bien que la coupe d’arbres pour la cuisson du combustible ne soit pas la seule cause de la diminution du nombre d’arbres, c’est un contributeur majeur et l’éviter grâce aux nouvelles technologies de cuisson est un effort louable.

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L’IMPORTANCE DE L’ATTENUATION ET ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE DANS LES VILLES AFRICAINES

Le monde est en train de subir l’urbanisation la plus large de l’histoire, avec des villes logeant la moitié de la population mondiale qu’on prévoit à 30 milliards en 2030. Les défis que posent l’urbanisation rapide ne feront que s’intensifier rapidement devant la menace qu’est le changement climatique. Le hausse du niveau des mers cause une augmentation des inondations et de l’érosion costale, qui affecte les villes côtières. L’infiltration d’eau de mer dans les zones costales et la sécheresse dans les zones costales et non-costales peuvent affecter les réserves d’eau. Des conditions climatiques extrêmes (tempêtes, cyclones, ouragans…) perturberont l’économie des villes, endommageront les infrastructures et biens immobiliers et causeront la mort des habitants. De plus, l’augmentation des températures cause la disparition de la nappe phréatique, sécheresse et dégradation de la qualité de l’air, et ces phénomènes sont amplifiés par l’effet d’îlot thermique urbain (la concentration de zones urbaines en ville augmente la température) ce qui provoque non seulement un inconfort mais également des conditions de santé sérieuses pour les plus vulnérables – enfants et personnes âgées.

Il est vrai que les villes concentrant beaucoup d’habitants, d’infrastructures et d’entreprises sont plus susceptibles de subir des catastrophes naturelles, mais cela va de pair avec un rôle et potentiel accru d’atténuation et adaptation au changement climatique. Les villes à travers le monde sont des émetteurs majeurs de gaz à effet de serre. Le programme environnemental de l’ONU affirme que les bâtiments sont les plus grands contributeurs aux gaz à effet de serre, estimant qu’un tiers de l’énergie est utilisée au final dans des bâtiments. De plus, la modification des surfaces terrestres et la perturbation de la nature qui survient avec l’urbanisation (par exemple la réhabilitation de marais pour construire des résidences et commerces ou encore couvrir le sol avec des matériaux durs – routes, toitures, pavés) augmentent les risques de désastres naturels tel que les inondations. Par conséquent, la planification urbaine et des villes est de plus en plus cruciale pour l’atténuation et adaptation au changement climatique.

CHANGEMENT CLIMATIQUE DANS LES VILLES AFRICAINES

L’Afrique s’urbanise rapidement et la population urbaine devrait passer de 33 millions en 1950 à 744 millions en 2030 et à plus de 1,2 milliard en 2050. Il est toutefois important de se demander si cette urbanisation est durable. Un rapport récent de Verisk Maplecroft, basé au Royaume-Uni, a révélé que 84 des 100 villes à la croissance la plus rapide au monde sont exposées au «risque extrême» du changement climatique et que 79 d’entre elles se trouvent en Afrique. Entre 2000 et 2008, l’Afrique a été à l’origine de plus de 20% de toutes les catastrophes météorologiques et liées au climat survenues dans le monde. Cependant, l’Afrique est confrontée à un défi supplémentaire qui réside dans le fait que la majeure partie de l’urbanisation a lieu dans des installations informelles. Dans certaines villes d’Afrique orientale, centrale et occidentale, les implantations informelles atteignent des proportions allant jusqu’à 60-80%. Ces installations informelles sont principalement constitués de logements de qualité médiocre, dépourvus d’infrastructures et de services, et sont souvent situés dans des zones à haut risque, exposées aux inondations ou aux glissements de terrain et à d’autres dangers. Cela rend essentiellement leurs populations encore plus vulnérables aux impacts du changement climatique. Un exemple est celui de Kampala, en Ouganda, où, en raison de l’urbanisation rapide, 50% de la population vit dans des zones d’installation informelles où les conditions d’hygiène sont mauvaises et où les infrastructures et les services font défaut. La capacité du sol à absorber les eaux de pluie ayant diminué en raison de la construction de chaussées et du ramassage inadéquat des déchets, le ruissellement des eaux pluviales a été multiplié par six par rapport à celui qui se produirait dans un environnement naturel. Cela a entraîné des inondations excessives à plusieurs reprises, entraînant des morts et des pertes économiques. Le changement climatique ne fera qu’exacerber cela. Le danger du changement climatique ne provient pas seulement de ses impacts directs – principalement des dommages causés aux infrastructures physiques et, dans certains cas, de pertes en vies humaines -, il a également des impacts indirects tels que la pauvreté croissante et les maladies.

RÔLE DE L’AMÉNAGEMENT URBAIN ET URBAIN DANS L’ATTÉNUATION ET L’ADAPTATION

Des principes de planification urbaine fondamentalement bons sont également des principes de planification sensibles au climat, car les rôles et responsabilités des urbanistes incluent la réduction des risques, l’amélioration des infrastructures, la protection des écosystèmes et la promotion du développement économique local. Toute initiative de développement urbain peut être considérée du point de vue de l’atténuation ou de l’adaptation urbaine. Cependant, le véritable défi consiste à faire en sorte que les urbanistes et les planificateurs prennent en compte les impacts du changement climatique dans leurs plans, stratégies et initiatives. Les planificateurs disposent de nombreux outils pour orienter les efforts d’adaptation et d’atténuation. Ceux-ci incluent:

  • Planification de l’utilisation des sols et forme urbaine pouvant minimiser l’exposition à des terres présentant des risques climatiques. De plus, les formes urbaines compactes qui permettent la marche peuvent atténuer les émissions de GES provenant des transports
  • Planification environnementale: les planificateurs doivent protéger et interdire le développement d’écosystèmes sensibles tels que les zones humides, les forêts de mangroves, etc., ce qui non seulement protège les villes des inondations, de l’érosion et d’autres menaces, mais présente également des avantages climatiques (par exemple les espaces verts réduisent la chaleur et offrent du bien-être)
  • Conception des bâtiments et des sites: la réglementation de l’emplacement et des caractéristiques de conception peut être encouragée ou interdite afin de rendre le bâtiment plus résistant aux impacts attendus du changement climatique. Par exemple, les bâtiments peuvent être construits de manière à pouvoir résister à des phénomènes météorologiques extrêmes tels que des ouragans. Du point de vue de l’atténuation, un bâtiment peut être construit pour réduire la consommation d’énergie et d’eau.
  • Planification du développement économique local: promouvoir la croissance économique est essentiel pour la durabilité urbaine, car il augmente la capacité d’adaptation des groupes vulnérables au climat

CONCLUSION ET PERSPECTIVES

Malgré les énormes effets que le changement climatique peut avoir, il n’est souvent pas intégré aux politiques et stratégies urbaines. Ceux-ci posent un certain nombre de défis. Il est important de noter que le financement limité empêche les responsables de la ville de justifier la construction d’infrastructures plus coûteuses mais plus résilientes pour l’avenir (surtout lorsque la nécessité de telles mesures de résilience ne deviendra évidente qu’à long terme). Certains soutiennent qu’il y a d’autres priorités. Sécuriser la volonté politique et obtenir un engagement politique en faveur de l’intégration des préoccupations climatiques dans les plans, les investissements en infrastructures et la gestion de l’utilisation des terres est souvent difficile et nécessite beaucoup de plaidoyer de la part des organisations de la société civile. L’aspect le plus crucial pour accélérer le climat urbain est de faire comprendre aux gouvernements municipaux que les impacts du changement climatique ne sont pas seulement des préoccupations environnementales, mais plutôt des piliers du développement qui jouent un rôle central dans la performance économique et dans la réduction et la réduction de la pauvreté.

Sources supplémentaires:

Programme des Nations Unies pour les habitats humains, 2011. Villes et changement climatique: Rapport mondial sur les habitats humains 2011.

Programme des Nations Unies pour les habitats humains, 2014. La planification en fonction des changements climatiques: Une approche stratégique, fondée sur les valeurs, pour les urbanistes.

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NOUVELLES TENDANCES ET PERTURBATIONS DANS LE SECTEUR DE LA PRODUCTION D’ENERGIE EN AFRIQUE : IMITER LA TRANSITION ENERGETIQUE DES PAYS DEVELOPPES

D’après des évaluations sur la situation énergétique en Afrique, on reporte souvent un manque d’accès à l’électricité et un manque d’infrastructures pour des services énergétiques modernes. On estime qu’il y a 600 millions de personnes sur le continent qui n’ont pas accès à l’électricité, et même quand elles y ont accès ce n’est pas toujours fiable. En Afrique subsaharienne, on prévoit la croissance économique combinée à plus de 5% dans les prochaines années (Deloitte 2017). Et pourtant les infrastructures et alimentations électriques sont loin de suffire pour répondre aux besoins de cette croissance économique. Cependant, tout espoir n’est pas perdu, si on en croit les changements actuels dans l’industrie de l’énergie en ce qui concerne le développement des énergies renouvelables de façon globale.

Comme on le sait, le continent Africain regorge de ressources naturelles abondantes – renouvelables et minérales – qui sont plus que suffisantes pour répondre à ses besoins. Les techniques permettant d’exploiter ces ressources pour produire de l’énergie existent mais ne sont pas encore à leur plein potentiel. C’est parce que des défis entravent le fonctionnement de l’industrie de l’énergie et limitent le développement de son potentiel. Du côté technique, les installations existantes sont inadéquates pour générer et transmettre, les infrastructures sont vieillies et peu nombreuses, sans compter le manque de maintenance et les problèmes dans les systèmes de facturation et de comptage. Du côté économique, les politiques sont mal appliquées et les fonds sont limités. De plus, il y a une pénurie de main d’œuvre hautement qualifiée en recherche comme en industrie. Ces lacunes n’encouragent pas le secteur privé à s’investir plus, ni les investisseurs à fournir les fonds désespérément nécessaires – les risques sont considérés trop grands et il n’y a pas de garantie de retour sur investissement.

Néanmoins, le secteur énergétique en Afrique commence à ressentir une perturbation qui ressemble quelque peu à la transition énergétique qui a eu lieu dans les pays développés. Ces nouvelles tendances énergétiques pourraient façonner le futur de l’énergie du continent et inciter le changement vers un développement durable. Parmi ces tendances on peut compter :

  • Des économies et industrialisations grandissantes qui augmentent la demande en énergie
  • La diversification des sources de production d’énergie passant du pétrole et charbon au gaz naturel et énergies renouvelables
  • Redéfinition des services publics intégrés traditionnels de larges plateformes centralisées vers une solution qui augmente la participation de plusieurs producteurs indépendants d’énergie, pour une production décentralisée (mini-réseaux et hors-réseau)
  • L’augmentation du nombre de consommateurs qui produisent leur propre électricité pour alimenter leurs maisons et commerces, en utilisant l’énergie propre solaire photovoltaïque et des systèmes hybrides de stockage d’énergie
  • L’évolution des technologies liées aux énergie renouvelables encouragée par la baisse des prix, des modèles commerciaux innovants et une reconnaissance mondiale des problèmes que sont le changement climatique et les besoins de développement durable
  • L’apparition rapide de solutions mobiles et transformations numériques
De Aar solar power, Afrique du Sud (50MW)

Ces tendances ont pris un nouvel essor durant les dix dernières années. Comme les pays développés, les pays en Afrique se tournent vers les énergies solaires et éoliennes, et font des énergies renouvelables l’un des principaux objectifs de leur stratégie énergétique. Par exemple le programme d’Afrique du Sud Renewable Energy Independent Power Producer Procurement (approvisionnement des producteurs d’énergie renouvelables indépendants) a réussi à encourager les investissements privés dans le secteur national des énergies renouvelables. On peut aussi voir à quel point l’argent par téléphonie mobile a révolutionné les services énergétiques en Afrique de l’Est et au-delà. Grâce au modèle commercial « payez au fur et à mesure », l’énergie solaire est devenue abordable et accessible sur tout le continent. M-KOPA, une entreprise qui vend des systèmes de production d’énergie rurale pour habitations – s’adressant en priorité aux consommateurs ruraux et à faible revenu – est célèbre mondialement comme le pionnier dans cette branche. Il y a de nombreuses entreprises dans le même domaine, on peut en citer quelques-unes : Mobisol, Off Grid Electric, Powerhive, d.light, Arnergy, Lumos… Des solutions innovantes telles que celle-ci permettent à l’Afrique de développer son réseau d’un coup, comme on a pu le voir avec le secteur des télécommunications qui a rapidement préféré les téléphones portables aux lignes fixes.

Source: Pixova

Bien que le développement de systèmes solaires à petite échelle ait amélioré la qualité de vies de beaucoup, surtout dans les zones rurales, ce n’est pas suffisant. La demande en énergie pour satisfaire les besoins en diversification économique et en industrialisation nécessite un système à plus large échelle que ces petits systèmes peuvent offrir. C’est pourquoi certains se battent pour l’établissement de larges centrales conventionnelles qui fonctionnent au charbon ou même à l’énergie nucléaire. Mais si on considère l’impact environnemental – pollution et contribution au changement climatique – on peut dire que la transition vers un mélange d’énergies propres serait la meilleure voie. Entrent en scène les centrales d’énergies renouvelables à grande échelle et la production décentralisée de mini-réseaux. De plus, l’accès à l’énergie ne se limite pas à l’approvisionnement en électricité. Afin d’avoir un vrai impact, toutes les formes d’énergies devraient être prises en compte. Par exemple, même quand les régions rurales ont accès à l’énergie solaire, les habitants utilisent toujours du bois et pétrole pour cuisiner, ce qui est dangereux pour la santé et pour l’environnement, et limite la productivité. On peut résoudre ce problème en utilisant des cuisinières propres. De plus, la demande accrue en énergie, qui survient lorsque plus de personnes y ont accès, augmente à son tour les besoins en activités économiques qui font circuler l’argent nécessaire pour payer les services correspondants. C’est pourquoi des étapes additionnelles, telles que fournir des appareils énergie-efficients, offrir des équipements fonctionnant à l’énergie solaire et encourager une utilisation productive de l’énergie, sont des moyens de complémenter l’accès à l’énergie de manière avantageuse pour ces communautés.

Afin de progresser significativement, chaque secteur de l’économie a un rôle important à jouer. Les gouvernements ont des lois et des programmes, les entreprises privées et investisseurs s’investissent de façon téméraire dans les marchés, les ONG ont des projets qui délivrent l’accès à l’électricité pour les moins privilégiés. Mais qu’en est-t-il des établissements scolaires ? Il y a toujours un manque réel d’éducation, recherche et formation sur les énergies renouvelables et le développement durable. Sans possibilités de développement des compétences humaines, l’économie ne pourra pas disposer des connaissances et techniques nécessaires pour atteindre son potentiel. C’est un problème qui doit être examiné de plus près par les parties prenantes.

Si on considère les nouvelles tendances actuelles, on ne peut nier que le secteur énergétique en Afrique est en pleine évolution. Les pays capables de prospérer en dépit de ces défis seront un exemple pour le reste, façonneront le futur et aideront le progrès vers un développement économique durable sur le continent.

Centrale éolienne Wild Horse wind turbines au coucher du soleil, Kittitas, Washington (Enterprise Puget Sound Energy)

 

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LE ROLE DES PME DANS L’ACCES UNIVERSEL A L’ENERGIE

Selon l’Agence internationale de l’énergie (IEA), 95 % des 1,2 milliards de personnes sans accès à l’électricité vivent en Afrique subsaharienne et dans les pays en développement d’Asie.

L’approche publique traditionnelle des entités gouvernementales en vue de fournir l’accès à l’énergie est habituellement de superviser l’extension des réseaux électriques. Même si des fonds privés sont disponibles, la viabilité commerciale et les retours sur investissements garantis ont orienté les investissements publics et privés vers des infrastructures à grande échelle et des réseaux de distribution. Or, si l’on considère que 80 % de la population sans accès à l’énergie vivent dans des communautés rurales et que les branchements sur les réseaux conventionnels sont limités, les extensions de réseau ne représentent pas une solution viable.

Or, selon les chiffres de l’IEA, une augmentation de 400 % des financements actuels sera nécessaire pour atteindre l’objectif de l’accès universel à l’énergie d’ici 2030. Une augmentation de cette ampleur ayant peu de chance de provenir des fonds publics ou de donateurs, l’IEA ajoute que l’essentiel devra venir du secteur privé. De plus, 40 % des investissements supplémentaires seront probablement réalisés dans les solutions distribuées ou décentralisées hors réseau.

Il est bien connu que les technologies d’énergie distribuée permettent un accès plus rapide et plus efficace et économique à l’énergie. Ceci est particulièrement le cas depuis que l’apparition des télécommunications a permis au secteur privé d’utiliser une approche innovante en matière d’extension de l’accès à l’énergie. Certaines de ces approches comprennent le financement communautaire, des modèles à carte prépayée ou des technologies de contrôle en temps réel. Jusqu’à présent, le modèle de service distribué le plus efficace est celui passant par de petites entités ou de petites et moyennes entreprises (PME) car leur système de prise de décision plus simple et à plus petite échelle offre plus de flexibilité et de place à l’innovation. Les PME locales peuvent mieux comprendre les besoins des marchés locaux et offrir des services adaptés. De plus, elles créent des services d’appui et des canaux de distribution qui permettent à leur tour de créer des emplois, soutiennent l’économie locale et, plus important encore, créent un sentiment d’appropriation. L’énergie distribuée n’est pas nécessairement renouvelable mais l’utilisation d’énergies renouvelables peut avoir un impact significatif sur le rendement, la valeur et l’efficacité ultime des systèmes distribués.

Bien que la valeur et le potentiel des PME soient élevés, de nombreuses PME sont confrontées à des barrières car les politiques nationales favorisent les projets énergétiques en réseau et à plus grande échelle et les subventions aux combustibles fossiles font obstacle au développement d’un marché d’énergie distribuée propre. Le manque de modèles économiques viables ou de leaderships locaux soutenant le développement de projets efficaces sont autant d’autres obstacles à surmonter. Mais aussi le manque de capacités et de main-d’œuvre qualifiée pour l’installation, la maintenance et le service des installations. —-Ces problèmes sont aggravés par les difficultés d’accès aux différentes options d’investissement et de financement. Il y a plusieurs raisons à cela, à savoir :

1) de telles entreprises sont considérées comme des affaires à risque ou à faible rendement, il est souvent difficile d’obtenir des prêts

2) les projets énergétiques sont plus longs à la réalisation dans les milieux ruraux car il faut plus de temps pour passer du projet aux études de faisabilité et aux plans de travail, le retour sur investissement se fait donc à long terme alors que les investisseurs préfèrent les retours à court terme

3) en général, un investissement entre quelques milliers de dollars ou quelques millions de dollars est nécessaire, une somme pas assez intéressante pour les principaux investisseurs et banques, ce qui entraîne des frais de transaction par bénéficiaire élevés et donc des taux d’intérêt plus élevés.

4) il n’existe pas d’agence de coordination pour mobiliser et orienter les investissements à petite échelle depuis les banques locales vers les petites entreprises et initiatives privées.

Le gouvernement joue donc un rôle crucial dans le soutien du travail des PME pour la réalisation de l’accès universel à l’énergie. Une grande majorité de la population sans accès à l’énergie vit en Afrique et en Asie et les décideurs politiques pourraient profiter de la valeur des marchés de l’accès à l’énergie innovants et fondés sur les entreprises. Ils jouent pourtant un rôle important. Tout d’abord, les gouvernements doivent créer un environnement favorable en identifiant les politiques et réglementations qui constituent des obstacles. En outre, il est important de développer les capacités nécessaires au fonctionnement des systèmes d’énergie distribuée mais aussi dans d’autres secteurs afin de permettre la création et le fonctionnement d’une structure de marché pour les systèmes d’énergie distribuée. Financiers, décideurs politiques et législateurs doivent comprendre ce nouveau marché émergent pour pouvoir le soutenir. Enfin et surtout, il est essentiel de mobiliser des fonds pour permettre aux PME de lancer leurs affaires et, pour les autres acteurs du marché tels que les fournisseurs, prestataires de services et utilisateurs finaux, de dégager des bénéfices et de faire tourner le commerce.

Cet article a été publié sur le blog de Renewable Energy World Magazine

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COMMENT L’AFRIQUE FAIT-ELLE POUR ATTEINDRE L’OBJECTIF N ° 7 DU DÉVELOPPEMENT DURABLE DES NATIONS UNIES ?

Les objectifs mondiaux pour le développement durable ou les objectifs de développement durable (ODD) constituent un ensemble de 17 objectifs-cibles, accompagnés de 169 indicateurs qui visent à faire ressortir les problèmes brûlants qui tourmentent le monde à l’horizon 2030. Les objectifs de développement durable sont le fruit des objectifs du Millénaire pour le développement, tels qu’ils ont été introduits en 2000, mais avec un spectre d’applications plus étendu. En particulier, le septième ODD indique qu’en 2030, l’inclusion énergétique doit être réalisée. Cet objectif est divisé en trois cibles principales.

  • D’ici 2030, assurer un accès universel à des services énergétiques abordables, fiables et modernes.
  • D’ici 2030, augmenter sensiblement la part des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique mondial.
  • D’ici 2030, doubler le taux global d’amélioration de l’efficacité énergétique.

Mais comment les pays africains se débrouillent-ils pour atteindre cet objectif mondial ? En fait, certains pays s’en sortent mieux que d’autres à cet égard. Mais dans l’ensemble, le chemin à parcourir est encore long. Comme le montre la figure 1, le tableau de bord des objectifs de développement durable pour l’Afrique subsaharienne est principalement rouge dans tous les domaines, y compris pour l’ODD numéro 7. En ce qui concerne l’objectif 7, différentes régions d’Afrique obtiennent des résultats différents.

Figure.1 Tableau de bord des objectifs de développement durable pour l’Afrique subsaharienne [Rapport et index des tableaux de bord des objectifs de développement durable, 2017]
Comme elle est divisée, l’Afrique comprend la région du Sahel, l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale, l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe. Comme le montre la figure 2, plusieurs pays en développement sans littoral sont confrontés à davantage de problèmes qui freinent leur développement.

Figure.2 Pays africains en développement enclavés.

Les pays de la région du Sahel, parmi les plus pauvres au monde, sont classés au dernier rang en ce qui concerne l’accès à l’électricité, l’utilisation de combustibles liquides et l’émission de CO2. A titre indicatif, le pourcentage de la population ayant accès à l’électricité est de 8 % au Tchad, 14,3 % au Niger, 19,2 % au Burkina Faso et 27,3 % au Mali. La Côte d’Ivoire, le Cameroun, le Nigéria et le Sénégal figurent parmi les pays d’Afrique Occidentale qui ont un meilleur accès à l’électricité avec environ 60 % de couverture mais la production de cette énergie dépend de combustibles fossiles à haute émission de carbone et pour chaque TWh produit, plus d’une mégatonne de CO2 est rejetée dans l’atmosphère. Le principe reste le même pour les autres régions. Un faible pourcentage de la population a accès à l’électricité et les émissions de CO2 sont très élevées. Seules l’Afrique du Sud, où 86 % de la population ont accès à l’électricité, et Maurice avec 99,7 % ont réussi à éviter ce problème. La part d’énergie renouvelable dans toute la production n’est cependant que de 2 % en Afrique du Sud et de 22 % en moyenne à Maurice.

Figure.3 Quantité d’énergie renouvelable en pourcentage de la valeur totale.

L’Afrique du Sud est donc bien loin d’atteindre l’Objectif Global de Développement #7 et n’offre qu’un environnement vulnérable à ses citoyens. Le Gabon, le Botswana et l’Afrique du Sud font partie des pays qui fournissent à plus de la moitié de leur population un accès en combustibles non solides pour la préparation des repas. Récemment, d’importants projets pilotes visant à augmenter le pourcentage de couverture apparaissent en Afrique. Le gouvernement du Cameroun a lancé une initiative de promotion du GPL dans le but de fournir d’ici 2030 des combustibles de cuisson propres à 58 % de sa population. L’expansion du programme de GPL du Ghana vise les communautés rurales dans tout le pays et a déjà fourni des énergies de cuisson propres à 149 000 personnes. D’autres projets similaires utilisant de l’éthanol ou du biogaz existent au Nigéria, au Kenya et en Tanzanie.

Certains des pays privés d’énergie propre sont les pays en développement enclavés. Bien que situés dans des régions différentes à travers l’Afrique, ils sont confrontés à des problèmes similaires en raison de leur situation géographique. Le manque d’infrastructure, les capacités commerciales réduites et les conflits ont plongé ces pays dans la pauvreté. Dans ces pays, le pourcentage de la population ayant accès à l’électricité est très faible, seul le Botswana atteint les 50 % de couverture.

 

Figure.4 Accès à l’électricité en pourcentage de la population dans les pays en développement enclavés en Afrique.

Mais on peut littéralement apercevoir une petite lueur au bout du tunnel. La baisse des prix des panneaux photovoltaïques ainsi que l’augmentation du rendement de ces derniers ouvrent des voies nouvelles à des investissements plus importants dans ce secteur tel que l’illustre la Figure 5 de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables.

Figure.5 Recul des prix par Watt fourni par les panneaux photovoltaïques.

L’énergie solaire atteint 2000 kWh/m2 par an dans certaines régions. Cette production peut couvrir tous les besoins de la population et suffit également à assurer les autres besoins croissants en énergie. Les données détaillées dans la Figure.6 illustrent le potentiel de croissance dans le secteur de l’énergie pour les pays africains. Grâce aux investissements dans des solutions innovantes en matière de micro-réseaux solaires, les populations rurales peuvent accéder à l’électricité et avoir les moyens, en tant que nations, d’atteindre l’Objectif de Développement Durable #7.

Figure.6 Irradiation solaire horizontale globale en Afrique.

Cet article a été publié sur le blog de Renewable Energy World Magazine.